Flußgeist est une série de travaux qui s’inspirent du concept de Zeitgeist. Étrangement, les industries se sont approprié très intuitivement cette notion pour désigner les pages donnant accès à une suspension du flux, c’est-à-dire, par exemple pour Google, les mots les plus recherchés au cours de l’année. Flußgeist part du principe que ce qu’on nomme Web 2.0 n’est pas simplement un discours de marketing, mais est la première industrie qui s’alimente de l’existence de chaque individu, via notamment les sites flikr, facebook et youtube.
Avec Flußgeist, il ne s’agit pas simplement de faire une interface de visualisation des données, mais de tenter de construire des fictions sans narration à partir de tous ces flux. Ce sont des vidéos sans fin qui évoluent selon les informations reçues. Cette temporalité n’est plus celle de la durée (Empire d’Andy Warhol ou 24 Hour Psycho de Douglas Gordon) ou de la boucle (How I became a Ramblin’ Man de Rodney Graham), elle implique plutôt un autre mode d’appropriation pour le public. Parcourir le réseau comme on parcourt une ville en imaginant les millions de voix qui l'habitent, celles des habitants, celles des passants. Percevoir cette densité de l'anonymat.
Né à Paris et résidant maintenant entre Montréal et Paris, Grégory Chatonsky a étudié la philosophie à l'Université de la Sorbonne et le multimédia aux Beaux-arts de Paris. Il a fondé en 1994 un collectif d'artistes incident.net, pionners du netart, et a réalisé de nombreuses commmandes : site Internet du centre Pompidou et de la Villa Médicis, identité visuelle du MAC/VAL et fiction interactive pour Arte. Il a enseigné au Fresnoy ainsi qu'à l'école des arts visuels et médiatiques de l'UQÀM. À travers des installations interactives, des dispositifs en réseau, des photographies et des sculptures, le travail de Chatonsky interroge notre relation affective aux technologies, met en scène les flux dont notre époque est tissée et tente de créer de nouvelles formes de fiction. Il a pris part à de nombreux projets solos et collectifs en France, au Canada, aux États-Unis, en Italie, en Australie, en Allemagne, en Finlande et en Espagne. Ses oeuvres ont été acquises par des institutions telles que la Maison européenne de la photograhie. Il est représenté en France par la galerie Numeriscausa, aux Etats-Unis et en Allemagne par la galerie Poller.