Nœuds d'écoute Listening Knots

© K. Trask, 2018

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© K. Trask, 2018

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Nœuds d'écoute Listening Knots

Exposition
du 13 avril au 18 mai 2019
* L'exposition sera exceptionnellement fermée le vendredi 19 avril en raison du congé férié.

Vernissage
samedi 13 avril 2019, à 17 h

Perfornances de Karen Trask
Le jeudi de 16 h à 19 h, le vendredi et le samedi de 14 h à 17 h. (Sauf le vendredi 19 avril)

Et c’est ainsi (tandis que ces gens continuent leur conversation) qu’on laisse descendre son filet de plus en plus loin de la surface, pour le retirer ensuite avec précaution, et ramener à la lumière ce que ces hommes et ces femmes ont dit, et en faire un poème.

–    Les vagues, Virginia Woolf

 

Nœuds d’écoute Listening Knots comprend des installations textuelles, une projection vidéo et une performance continue inspirée par Les vagues de Virginia Woolf. Publié à l’origine en 1931, elle l’appelait son « poème-jeu ». Imaginez-moi comme Virginia Woolf avec une caméra et le désir de jouer avec des corps de texte, le corps humain, la marée, l’océan et la terre. Cette pensée a guidé la réalisation de l’œuvre au cours d’une résidence de deux ans à l’Université de Moncton, à Moncton et à l’Université Mount Allison, à Sackville au Nouveau-Brunswick. Les étudiants, les amis, l’océan et la terre étaient des participants actifs.

Les artistes rendent visible l’invisible. Partout dans le monde, les gens ont des histoires différentes sur les origines de leur culture particulière; il s’agit généralement d’une fileuse/tisseuse et, le plus souvent, c’est une femme. Dans la mythologie grecque, Clotho, Lachesis et Atropos, les trois Moires, représentent le passé, le présent et le futur; les jeunes, les adultes et les anciens. Ce sont aussi des femmes : Clotho file, Lachesis mesure ou tisse et Atropos coupe le fil.

Un collègue m’a fait remarquer : « Si c’était un homme qui avait découvert le filage et le tissage, l’invention de la roue n’aurait même pas été d’une importance technologique comparable! ». Les filons de cette importance, bien que cachés, sont encore présents dans nos histoires, dans nos expressions, dans l’histoire même de nos mots; tissés dans le tissu de notre société. Ne tenir qu’à un fil… Ne pas perdre le fil de l’histoire…

J’imagine souvent une femme âgée assise tranquillement dans un coin à proximité, en train de tricoter ou de réparer; occupée à faire quelque chose avec des fils dans les mains. La beauté de cette image, pour moi, c’est que tant qu’elle est là, il y a de l’espoir. Tant qu’il y aura un fil dans ses mains, le monde continuera d’exister; les relations entre les gens seront maintenues. Elle tient la vie entre ses mains.  

J’utilise souvent l’art ancestral japonais de filer le papier pour en faire un fil de papier, aussi appelé shifu, pour créer des œuvres sculpturales. Au cœur du projet Nœuds d’écoute Listening Knots, se trouvait la fabrication d’un filet de pêche à l’aide d’un fil de papier filé à partir des pages de quatre dictionnaires pertinents pour le sud-est du Nouveau-Brunswick : Le Glossaire acadien, Le petit larousse illustré, le Silus Tertias Rand’s English to Mi'kmaq et le Webster’s Ninth New Collegiate. Diverses actions utilisant le filet ont été filmées et sont présentées dans le cadre d’une série de capsules vidéo. Le terme nœud d’écoute désigne le nœud utilisé pour fabriquer des filets de pêche.  

L’œuvre Les vagues de Virginia Woolf est au cœur de cette exposition. Les mots mêmes du livre sont présents en tant que titres et en tant que matériau dans l’œuvre. J’ai essayé de lire Les vagues dans la vingtaine et je l’ai abandonné. J’étais trop impatiente. Ce que je ne comprenais pas alors, c’est que c’est de la poésie. Pour que l’histoire s’impose, il faut la lire lentement, en laissant résonner les mots. Essentiellement, ce sont des soliloques entremêlés de six personnages qui s’expriment tout au long de leur vie, entrecoupés de descriptions de l’océan, de l’aube au crépuscule. Depuis, je l’ai lu à maintes reprises, et ce qui est au cœur de ce livre, pour moi, c’est que nous sommes tous connectés, qu’il y a un fil conducteur entre moi et tous les autres, que nos corps et nos genres sont flous.    

Ayant grandi sur une ferme, j’ai développé un profond respect pour les rythmes de la nature, mais à l’adolescence, j’ai vu avec horreur mon père, comme beaucoup d’autres à l’époque, abattre des arbres et redresser brutalement un ruisseau sinueux pour faire place à quelques rangées supplémentaires de maïs. Nœuds d’écoute Listening Knots m’a permis de me connecter à la terre et à l’eau.    

Karen Trask 2019

 

L'artiste remercie le Conseil des arts du Canada de son soutien. Elle reconnaît également l'appui des départements d'art visuel de l'Université de Moncton et de Mount Allison ainsi que du Casino du Nouveau-Brunswick.
 

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Karen Trask

Karen Trask est une artiste multidiciplinaire basée à Montréal. Son travail touche plusieurs médiums : l'installation, le livre d’artiste, la vidéo et la performance. Elle a présenté de nombreuses expositions solo au Québec, au Canada, en Europe et plus récemment, à Tokyo. Elle a participé à des expositions collectives au Canada, en Colombie, en Inde, au Mexique, aux États-Unis et en Europe, ainsi qu'à des résidences d'artiste à Helsinki, Paris et Tokyo. Plusieurs de ses vidéos ont été présentées dans les festivals en Europe, au Canada et en Amérique du Sud. Ses œuvres figurent dans des collections publiques et privées au Canada, en Europe et aux États-Unis. En 1980, après des études en arts visuels à l’Université de Waterloo, Ontario, elle déménage à Québec. En 1999, elle termine une maîtrise en sculpture à l’Université Concordia à Montréal. Elle est présentement artiste en résidence à l’Université de Moncton (Moncton) et à l’Université Mount Allison (Sackville), au Nouveau-Brunswick.