10 avril au 9 mai 1999

 

Oboro

4001, rue Berri, local 301 CAN- Montréal (Québec) H2L 4H2 tél: (514) 844-3250 fax : (514) 847-0330 oboro@oboro.net
La galerie est ouverte du mercredi au dimanche, de 12 à 17h

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s’inscrit dans le prolongement de Sylva, un projet Web dans lequel la métaphore de la forêt agit comme corrélation de la transcendance humaine sur le terrain de la mémoire culturelle. En termes mythiques, la forêt est un endroit où l’on peut se sentir désorienté et se perdre ou, inversement, où l’on peut trouver refuge ou la possibilité d’agir, et le chemin du retour. Pour les trois collaborateurs à ce projet, la “forêt” s’est avérée un domaine imaginaire offrant plusieurs sentiers à emprunter et à explorer. Elle a alimenté une discussion singulière et procuré une perspective par rapport à la nature et à ses représentations, à travers laquelle les points de vue de chacun des collaborateurs ont été développés et facilités grâce à l’usage du Web dans un processus d’échange privé.
La version publique récente du site Web est très différente de son état original, dont la présentation se rapprochait de celle d’un livre. Le projet a reçu l’appui généreux du serveur The Thing à New York, de juillet 1997 jusqu’à l’hiver 1998.

Contexte
Pour poursuivre ce dialogue, la sélection des bandes s’est faite de façon à refléter différents points de vue sur la nature, et plus particulièrement sur le thème du paysage. La multiplicité mouvante, qui est au cœur du concept de paysage, signale que les frontières entre territoires définis sont estompées dans la notion même de “nature”. D’une part, la nature est comprise comme un ensemble indépendant de valeurs et d’authenticité (une nature pré-discursive, néanmoins contaminée de nos jours) et, d’autre part, prise dans son opposition à la culture, elle est perçue comme une construction politique et institutionnalisée. Alors que le paysage a souvent été perçu de manière idéalisée, autonome en et par lui-même, il existe une clé essentielle qui permet de désamorcer les mécanismes de projection qui empêchent une expérience plus unifiée avec la nature. En d’autres termes :

“(...) il n’est pas évident qu’en devenant plus mystiques ou plus religieux envers la nature, nous venions à bout des formes dommageables de séparation ou de la perte de responsabilité qui ont été la conséquence d’une rationalité séculière et instrumentale. Ce dont nous avons vraiment besoin, pourrait-on avancer, ce ne sont pas tellement de nouvelles formes de respect ou de révérence envers la nature, mais plutôt de la considérer avec une sensibilité semblable à celle que nous réservons à des préoccupations d’ordre personnel. Nous pouvons mieux surmonter le sentiment de rupture et de distance que la rationalité séculière a encouragé, non pas en vénérant cette nature qui est “autre” que l’humanité, mais en nous re-sensibilisant systématiquement à la façon dont nous en sommes à la fois séparés et dépendants.”
Kate Soper, “Nature/’nature’“ in FutureNatural, sous la dir. de G. Robertson, M. Mash et al., Routledge, Londres, 1996, p.32.

Les œuvres présentées proposent un nouveau regard sur la nature et une interprétation qui est en rapport avec la position mobile et éphémère de l’individu dans le monde en tant que tout. Elles indiquent un besoin de changement dans la représentation de l’environnement, et de repenser cette vision anthropocentrique, dominante en occident et qui perpétue immanquablement des perceptions dualistes, s’excluant l’une l’autre. Néanmoins, les bandes sélectionnées invitent à reconnaître l’existence interdépendante de la nature, de la culture et du capital, à examiner une perception formée par les systèmes de validation esthétique de notre/l’histoire. Qu’advient-il de l’idée d’un beau paysage cultivé, domestiqué, qui demande à être préservé? Ou de la réalité, dans une économie globale, de sociétés industrialisées et en voie de développement qui agissent de façon destructive envers la nature pour atteindre de meilleurs standards de vie humains? Ou des déterminations socio-biologiques de la science qui mériteraient d’être discutées sur la place publique? Ce questionnement ne nie pas, cependant, les limites imminentes de notre exploitation désastreuse des ressources naturelles. Nous devons nous appuyer sur notre responsabilité personnelle et collective envers la viabilité écologique, pour agir au-delà des filtres de l’interprétation culturelle.

 

 

Marcel Schwierin, Allemagne, 16 mm, expérimental, 1994, 24 min.

Und was sucht man da oben? - Sich selbst! - Und sonst nichts?- Und Sie, was suchen Sie hier oben in der Natur? - Das Schöne!
Et que cherche-t-on là-haut? - Soi-même! - Et rien d’autre? - Et vous, que cherchez-vous ici, en haut, dans la nature? - La beauté!


“Les Heimatfilme (films régionaux sentimentaux) des années vingt et les home-movies amateurs se transforment en enquête sur les traces d’un passé que je n’ai pas vécu, mais qui semble m’avoir influencé plus que le mien. Un autoportrait mélodramatique fait à partir de matériel trouvé.” (M.S.)

Dans une série de dix tableaux, Schwierin juxtapose trois ensembles de séquences de films trouvées. Parsemées tout au long de l’œuvre, elles comprennent la collection personnelle de films d’un couple anonyme, achetée par Schwierin dans un marché aux puces (accompagnée, entre autres, de documents sur un mariage, sur la construction d’un nouveau garage et sur les habituelles excursions en nature du couple), d’anciens films tournés en montagne dont certains mettant en vedette Leni Riefenstahl, de même que son propre travail comme réalisatrice alors qu’elle filmait les athlètes aryens durant les Jeux olympiques de 1936. Dans cette sorte de commentaire historique sur le cinéma et sur la spécificité du cinéma allemand, Schwierin construit une impressionnante vue d’ensemble sur l’expérience de la nature, perçue comme étant sublime et toute-puissante. L’inclusion d’extraits de film trouvés, datant des années 1960 et 1970, révèle ici comment la fabrication d’images, la détermination de valeurs esthétiques par la reproduction dans les médias, réussit à constituer une mémoire collective. Une prise de conscience pénible qui est à l’image de la psyché du cinéaste, partagée entre le rejet et la fascination.

Marcel Schwierin, né en 1965, vit et travaille à Berlin (Allemagne).

 

Alexander Hahn, État-Unis/Suisse, vidéo, experimentale, 1991, 16 min.

Prologue - In the 10th century A.D. the theory arose that our cosmos is but an imitation of God’s authentic creation - a counterfeit reality conjured up by Satan. I will speak now of these matters.

Dirt Site offre la vision fantomatique et fragmentée d’un monde vu depuis les limites de la condition humaine. Se déroulant dans un univers post-apocalyptique, une aube reptilienne, l’œuvre parle de la noirceur et du désespoir d’un monde où l’environnement urbain détruit se veut le reflet du labyrinthe de l’esprit humain. Des images de maisons abandonnées et de sombres paysages industriels se dissolvent dans des empreintes de terre, de boue, de poussière et d’eau. Sans coupure visuelle apparente, chaque image s’enchaîne sur une autre pour créer une symphonie aqueuse et trouble sur la métamorphose. La beauté et l’horreur se côtoient dans cette fable sur la fin du monde où trois voix désincarnées règnent dans une zone postindustrielle morte, cherchant à comprendre l’erreur du passé. Et pourtant, au point zéro amorphe qui renferme toutes les possibilités d’un nouveau départ, le liquide pourrait avoir tendance à redevenir solide.

Alexander Hahn, né en 1954, vit et travaille à New York (É.-U.) et à Zurich (Suisse).

 

Richard Desjardins et Robert Monderie, Québec, vidéo, documentaire, 1999, 70 min.

Un essai critique sur la condition précaire de la forêt boréale du Québec. Alors que le discours officiel maintient que les ressources vont continuer à se régénérer d’elles-mêmes, l’absence d’une politique de conservation combinée à des projets lucratifs, outranciers et pourtant adoptés par la loi, entre gouvernement et industrie, ont entraîné des conséquences écologiques épouvantables qui prouvent le contraire. Ce document personnel et historique montre une situation qui se détériore rapidement et qui, si elle demeure sans réponse, s’avérera un désastre pour toutes les formes de vie.

Richard Desjardins et Robert Monderie, tous deux nés en 1948, vivent et travaillent à Montréal, Québec.

 

Tony Hill, Royaume-Uni, vidéo, expérimentale, 1997, 25 min.

On peut s’étonner de voir une émission sur le jardinage diffusée à une heure de cote d’écoute maximum, le vendredi soir à la télévision britannique. Ce constat quelque peu anecdotique fait prendre conscience de la place importante qu’occupe le paysage (soigné) dans la vie quotidienne anglaise. Dans sa vidéo, Hill observe ce paysage autrement que par le regard; il ramène la nature près du toucher dans des étalages parfois érotiques, par l’intermédiaire d’une performance suggestive entre un homme et une femme essayant de se rejoindre et de communiquer avec la nature et eux-mêmes. La bande rappelle formellement le travail in situ d’Andy Goldsworthy, mais son usage novateur de techniques d’accéléré et de simples superpositions transmet un point de vue qui présente de multiples aspects, renforcé par l’utilisation d’une caméra montée sur support mobile. Avec cet équipement, nous sommes propulsés dans un espace curviligne qui est terriblement prenant. La présence et l’ouverture s’accentuent, une méditation sensuelle s’en dégage qui se propose de mettre à l’épreuve nos habitudes de perception sans nous attirer dans le piège séduisant du pittoresque.

Tony Hill, né en 1946, travaille et vit à Derby (Royaume-Uni).

 

Office National du Film / Crawley Films Limitée, Canada, 16 mm, documentaire, 1944, 31 min.

Les quatre saisons filmées dans un des nombreux sanctuaires sauvages du Canada - le parc Gatineau. Discours visuel lié à une époque et qui illustre une abondance illimitée, le film se conclut sur des scènes où l’on voit des bûcherons, qui triment dur tout en s’amusant, en train d’abattre des arbres de dimensions telles que nous n’en verrons plus jamais...

F.R. (Budge) Crawley (1911-1987) et Judith Crawley (1914-1986), couple pionnier dans l’industrie du film canadien, ont travaillé comme contractuels pour l’ONF durant la deuxième guerre mondiale. Par la suite, ils ont fondé Crawley Films Limitée, une des plus importantes maisons de production de l’après-guerre au Canada.

 

Gianni Toti, France, video, expérimentale, 1997, 53 min. 18 sec.

Toti a réussi à construire un environnement généré par ordinateur que l’on pourrait qualifier d’utopique. Il a créé une géographie synthétique, une réalité entièrement artificielle, qui renvoie à la colonisation (violente) du Pérou et, par extension, à celle de l’Amérique latine, et qui peut être vue, en faisant un rapprochement formel avec l’abstraction, comme un véhicule pour le changement social tel que le revendiquaient les Constructivistes. Ligne, animation, mapping, espace tridimensionnel, mouvement de caméra virtuelle, texte et processus de fabrication d’images - chaque élément fait appel à la perception du spectateur à l’intérieur d’une vision qui est constamment restructurée. Toti rend hommage à José Carlos Mariategui, l’un des plus brillants penseurs de l’Amérique latine, et la bande conclut avec la lutte actuelle des Zapatistas pour reprendre possession de leur terre, leur force vitale. Un VidéoPoèmOpéra ardemment visuel pour revendiquer l’histoire.

Gianni Toti, né en 1921, travaille et vit à Rome (Italie).